Du côté de chez Swann

Jour 15 p39-40 (ed. Gallimard)

Marcel, deux à deux
3 min ⋅ 16/01/2023

Angoisse.Pulsion.Châtiment

La pulsion nerveuse peut avoir la qualité de nous sortir de l'angoisse. L'enfant narrateur en fait l'expérience. Elles nous évacue d'un état de mal ou de lamentation. C'est une résolution. Mais qu'en est-il des répercussions.

"Eh bien ! dussé-je me jeter par la fenêtre cinq minutes après, j'aimais encore mieux cela. Ce que je voulais maintenant c'était ma mère, c'était lui dire bonsoir, j'étais allé trop loin dans la voie qui besoin à la réalisation de ce désir pour pouvoir rebrousser chemin."

La projection du bénéfice-risque.

On l'a tous vécu, cet éclair rationnel qui traverse notre esprit dans un moment qui ne l'est pas du tout. Il intervient quand le processus d'assouvissement du désir est trop long.

La pulsion se limite par définition à un instant. Directement du besoin à l'action. Le temps de cet instant une sorte de folie nous envahit, elle nous rend imprenable et persuadé. Mais quand il s'étire, la morale et la raison retrouvent un champ d'action. Que ce soit volontaire ou pas il y a toujours dans cette phase un court laps de temps où le doute et la réflexion surgissent. C'est une perche que nous tend notre esprit dans un élan purement émotionnel. La volonté soudaine d'obtenir ou d'échapper, coûte que coûte.

Je ne crois pas au désir réfléchi, je le compare au rêve ou au fantasme. Que la raison vient dans un second temps infirmer si ça s'éloigne trop de notre éducation, de notre pensée, des règles établies par la société. Ou confirmer si ce dernier paraît vertueux. Le désir se réalisera alors en une sensation de bonheur, de satisfaction pérenne. Par contre si la raison l'infirme mais que nous insistons ce sera source de culpabilité.

Seulement comme mentionné plus haut, cette lucidité est souvent éclair ; si fulgurant qu'il peut facilement être ignoré. Nous laissant une fois sur deux au milieu d'une situation qui semble comme dans ces pages déjà trop avancée, proche du but (de ce que l'on en croit) pour y renoncer. C'est alors en tant que bon borné, malgré une intuition qui nous somme de saborder l'entreprise, que nous allons jusqu'à l'auto-sabotage.

Peut-on être heureux en faisant le mal (toutes proportions confondues). Appelons le Marquis de Sade, lui est renseigné.

Marcel, deux à deux

Par Seux Margaux