Du côté de chez Swann

Jour 14 p37-38 (ed. Gallimard)

Marcel, deux à deux
5 min ⋅ 15/01/2023

En faisant le parallèle entre ce que je lis et mes dernières expériences personnelles, tout autant que celles de mes proches, je me pose beaucoup de questions sur ce qu'est l'amour. Le dit réel sentiment amoureux, l'amour sincère. Dans une relation dite amoureuse, l'attraction n'est-elle pas due principalement au désir, à la passion plus qu'à l'amour. L'amour n'est-il pas réservé aux relations sans enjeux, risques immédiats, comme le lien amical ou familial. Celles qui ne brutalisent pas directement notre amour-propre. Mais dans ce cas là n'est-ce pas simplement de l'attachement. L'amour pourrait-il simplement être le résultat de la somme du désir et de l'attachement. Je suis personnellement une grand passionnée, fonctionnant par pulsion, au désir. Mon amour, quand il dure sur la longueur est réservé à mes amis. Ceux auprès de qui je ne me sens pas engagée à plein temps. Faudrait-il ajouter le sentiment de liberté à la somme dont résulte l'amour.

C'est toute cette réflexion de Proust autour de l'égo en tant que vecteur d'une certaine folie sentimentale, qui résonne avec cette réflexion que je mène depuis mes premiers échecs amoureux.

Le narrateur lui, en tant qu'enfant c'est évidemment de sa mère qu'il est épris

"Les tourbillons qui entrainent loin de nous, la faisant rire de nous, celle que nous aimons"

"Les autres invités de la fête ne doivent rien avoir de bien démoniaque"

"Les bonnes intentions d'un tiers sont sans pouvoir"

"(...) et sans ménagement pour mon amour propre"

"(...) les battements de mon coeur, de minute en minute devenaient plus douloureux, parce que j'augmentais mon agitation en me prêchant un calme qui était l'acception de mon infortune"

"Je venais de prendre la résolution de plus essayer de m'endormir sans avoir revu maman"

"Le calme qui résultait de mes angoisses finies me mettait dans une allégresse extraordinaire"

Ce sont les mots, bouts de phrases qui ressortent quand Proust décrit les sensations provoquées par un attachement éperdu à un moment précis de partage avec sa mère, qui pour lui est la preuve d'un amour indéfectible. La déception qui résulte du non lieu de ce moment, pour des raisons qui lui semblent futiles et inacceptables comparé à ce qu'ils partagent eux en ce moment précis, le détruit. À ses yeux ce moment leur appartient. L'appartenance. L'égo que renferme le sentiment de propriété. Sur un moment, une personne. Le partage entre deux êtres vivants et donc sensibles n'est jamais certain. Les choses n'étant pas perçues, vécues de la même manière. L'acception de cette instabilité permanente nous demande une immense flexibilité émotionnelle qui finalement je crois ne repose que (ou presque) sur notre capacité à gérer notre égo. C'est pour cela que je me demande de quoi est fait l'amour. Par quoi est-il stimulé. Est-ce de l'amour si le danger se doit en permanence de le stimuler. L'amour se doit-il d'être sain, au risque d’être chiant. Le danger stimule passion et désir. Je n'en sais rien, c'est une réflexion prise de tête sur quelque chose qui pour beaucoup ne doit pas être réfléchi. Ce n'est pas con sachant qu'il est sûrement vain de théoriser sur un truc aussi irrationnel que les sentiments. Le cognitif de chacun ayant sa propre complexité. Mais j'ai peur de ne pouvoir envisager à nouveau une relation dite sérieuse tant que je n'aurais élucidé le mystère de l'amour. Par excitation du challenge ou peur des blessures de l'échec. Il est donc probablement sage de vivre une vie d'histoires courtes, profitant des passions, reniant la peine de l'engagement. Je souris en pensant que peu me croient quand je dis être, en couple, certainement l'une des nanas les moins chiantes et compliquées qui soit. Réfléchir n'est pas incompatible avec la simplicité et le naturel des choses, je promets. Je ne suis pas chiante parce que j'ai peu d'égo face à l'autre, ce qui m'a mis dans de beaux draps. Chacun se doit de se réguler, de s'empêcher de dégueuler ses maux et frustrations sur l'autre. Pour un monde de conscience de notre soumission naturelle aux ressentiments... Tous chez le psychologue et l'espèce humaine sera bien gardée.

"Mais dans l'éducation qu'on me donnait, l'ordre des fautes n'était pas le même que dans l'éducation des autres enfants et on m'avait habitué à placer avant toutes les autres(parce que sans doute il n'y en avait pas contre lesquelles j'eusse besoin d'être plus soigneusement gardé) celles dont je comprends maintenant que leur caractère est qu'on y tombe en cédant à une impulsion nerveuse"

L'égo.

Marcel, deux à deux

Par Seux Margaux